La tuerie de Cuers
Eric, 16 ans, lycéen à Toulon
Eric Borel est un adolescent de 16 ans. Il vit avec sa mère Marie-Jeanne, son beau-père, Yves Bichet, et son demi-frère, Jean-Yves, 11 ans dans un modeste pavillon du quartier des Aiguiers sur la commune de Solliès-Pont dans le Var. Son père naturel vit à Limoges mais Eric ne le voit que pendant les périodes de vacance. Au moment de sa naissance, ses parents sont tous deux militaires. Mais étant très jeunes ils se séparent et Marie-Jeanne se retrouve seule avec le bébé qu'elle confie aux parents du père. Elle le récupère quelques années plus tard, à la faveur d'un jugement accordant aux grands-parents un droit de visite. Le père verse régulièrement une pension alimentaire, en prenant soin de s'effacer. Marie-Jeanne, elle, rencontre Yves, et fait un deuxième enfant : Jean-Yves.
Au lycée professionnel Georges-Cisson de Toulon, Eric est plutôt un bon élève, discipliné et taciturne. Mais en cette rentrée des classes 1995 son comportement change radicalement. Lui, habituellement très discret et effacé se permet de siffler bruyamment la surveillante principale. Puis il se met à sécher deux fois son cours de gym. Lorsque son professeur lui demande s'il a un justificatif pour ces deux absences il répond simplement et d'un ton sec: "Non".
Au lycée, Eric se livre à quelques confidences. Il dit qu'il en a marre de sa famille de Solliès-Pont, marre de faire la vaisselle, de vider les poubelles ; marre de se faire traiter de tous les noms. "J'en tuerais bien deux ou trois" lance-t-il un jour à un de ses camarades.
Folie meurtrière
Mais ce samedi 23 septembre 1995 tout bascule et ses paroles se transforment en actes. En début d'après-midi il s'empare de la carabine 22 long rifle de son beau-père qui lui a appris à tirer avec et le tue ainsi que son demi-frère. Puis, il abat sa mère alors qu'elle revient de la messe. Avant de quitter la maison il s'acharne à coup de marteau sur les trois corps sans vie. Ensuite il nettoie les traces de sang et cache les cadavres sous des draps.
S'en suit une nuit de errance dans la campagne environnante de Solliès-Pont. Au petit matin Eric se rend au village voisin de Cuers distant de quelques kilomètres. A 7 heures 30 il sonne à la porte de son camarade de classe Alan. C'est sa mère qui ouvre. Il lui demande d'aller réveiller son ami. Intriguée par cette visite si matinale, elle demande des explications à son fils. Il lui répond : " Tu sais, il a des problèmes, il a besoin de parler". Les deux adolescents discutent longuement dans le jardin. Refusant visiblement une proposition se son camarade, Alan se retourne pour rentrer chez lui. Eric sort alors la carabine de son sac et tire une balle dans le dos d'Alan qui s'écroule, très grièvement blessé (Transporté d'urgence à l'hôpital, il est déclaré cliniquement mort quelques heures plus tard).
A partir de cet instant, Eric marche et tire sur tous les passants qu'il croise au hasard des rues de Cuers. A l'entrée du village il tue un homme, puis tire sur un couple résidant dans un lotissement du sud de la commune. Le mari est tué, la femme est blessée. Deux frères croisant sa route sont blessés par balles. Quelques minutes plus tard il blesse mortellement un garçon de son âge, Pascal Moustaki. Eric tue ensuite un maçon marocain, père de cinq enfants, Mohamed Maarad. Arrivé près de la grande place du village, il tue une femme de 75 ans, Andrée Poletta. Puis, devant le café du Commerce, c'est au tour de Mario Pagani, un marchand de vêtements de 75 ans, de tomber sous les balles de l'adolescent. Eric va encore tuer deux personnes venues retirer des billets au guichet automatique de la Caisse d'épargne sur la place du village, puis un homme passant à proximité.
En une trentaine de minutes il va blesser ou tuer seize personnes sans que personne ne puisse l'arrêter dans sa folie meurtrière. Parmi les blessés, figurent notamment un autre camarade de classe d'Eric et un journaliste de Nice-Matin venu couvrir une course cycliste.
Fin du carnage
Finalement, alors que les gendarmes s'apprêtent à le neutraliser devant son collège, Eric met fin à ses jours en se tirant une balle dans la tête. Il meurt sur le coup.
Tentatives d'explications
Les témoins du drame racontent qu'Eric agissait de manière froide et extrêmement calme, allant même jusqu'à revenir sur ses pas pour achever un homme blessé à la jambe. Lors de leur enquête, les gendarmes découvrent dans la chambre d' Eric une croix gammée et un sigle SS dessiné entre des posters de hard-rockers et de voitures. En outre ils apprennent qu'il se passionnait pour les livres sur la seconde guerre mondiale et qu'il possédait une cassette vidéo consacrée à la secte Waco. Au collège c'est l'abattement. Bien qu'il était un adolescent très renfermé sur lui-même personne n'aurait imaginé qu'il soit capable d'un tel geste. Son professeur principal déclare à son sujet: "C'était quelqu'un de gentil ; on pensait qu'il était en train de s'ouvrir". Au total quinze personnes périront à la suite de cet accès de folie, le dernier blessé succombant en mars 1996, sans que l'on puisse réellement expliquer les raisons de ce drame